Texte méditatif d’entrée
Inspirer – expirer
Ainsi en va-t-il du souffle,
Souffle de vie,
tu nous es donné au matin de notre vie,
tu nous animes tout au long de notre existence,
souffle fragile, souffle tenace pourtant, souffle fidèle dans nos essoufflements…
et tu nous quittes au terme de notre course,
et nous voilà redevenus poussière, inertes.
Tu nous viens d’ailleurs,
Nous dépendons de toi mais nous ne te possédons pas.
Souffle créateur de tous nos possibles…
Notre seule force, c’est de tendre notre voile pour que tu agisses en nous,
Pour que notre barque se meuve…
C’est là notre seule liberté.
Dieu est souffle, notre souffle…
Nous aimons te percevoir dans la puissance, dans le vent violent,
Dans l’éclair aveuglant capable de briser le rocher,
Mais tu es brise subtile
Qui suffit à notre maintien…
Les uns t’appellent Grand Esprit, Esprit de feu,
D’autres Esprit Saint…
Tu es notre souffle, Dieu,
Notre respiration…
Donne-nous, accorde-nous le souffle d’aimer, de t’aimer,
De te reconnaître au plus profond de notre être…
Inspirer – expirer…
Souffle de Vie…
Texte biblique : Psaume 74
Nous ne voyons pas de signes ! Il n’y a plus de prophètes ! et parmi nous nul ne sait le temps que cela durera.
Jusqu’à quand l’adversaire défiera-t-il et se moquera-t-il de ton nom ?
Pourquoi retenir ta main forte, la garder dans ton manteau et ne pas intervenir ?
Dieu, mon roi dès l’origine, auteur de tant de délivrances sur la terre !
Tu as maîtrisé la mer par ta force
Tu as brisé la tête des dragons sur les eaux
Tu as écrasé les têtes du monstre marin le donnant en pâture aux requins
Tu as ouvert un passage aux sources et aux torrents et
Tu as mis à sec des fleuves abondants.
A toi le jour, à toi aussi la nuit,
Tu as mis en place luminaire et soleil,
Tu as fixé les limites de la terre,
L’été, l’hiver, c’est toi qui les as inventés !
Rappelle-toi : l’ennemi a commis un viol sur le Seigneur
Un peuple de fous outrage ton nom !
Ne livre pas à la bête sauvage le souffle de ta tourterelle
N’oublie pas sans fin la vie de tes humiliés !
Regarde à l’Alliance : on s’entasse dans les cachettes du pays devenu le domaine de la violence !
Que l’opprimé ne soit plus déshonoré
Que le pauvre et le malheureux puissent louer ton nom !
Lève-toi donc, Dieu ! Défends donc ta cause !
Souviens-toi du blasphème continuel de ces fous !
N’oublie pas les clameurs de tes adversaires,
Le vacarme sans cesse vociférant de tes agresseurs !
Temps de parole
I Cioran, cet écrivain moraliste et mordant du début du 20ème siècle, nihiliste s’il en est, mais amoureux de Bach, avait eu cette phrase impertinente : « Si quelqu’un doit être reconnaissant à Bach, c’est bien Dieu ! »…
La cantate que nous entendons ce soir est une des toutes premières, peut-être la plus ancienne, écrite sur commande pour l’installation des autorités municipales de Mühlhausen. Bach a alors 23 ans. DIEU EST MON ROI !
Le fil rouge du livret écrit par un pasteur ami est le psaume 74. Il contient très précisément cette affirmation, mais la fait précéder, vous l’avez entendu tout à l’heure, d’un constat qu’on pourrait qualifier d’éternel tant il est banal et répété à tous les siècles: « il n’y a plus de prophètes, on ne discerne plus de signes, on se moque de nous, on se moque de toi Dieu… Et tu ne bouges pas, tu ne réagis pas, tu gardes ta main dans les plis de ton manteau ; on dirait aujourd’hui, au fond de ta poche ! »
Du temps de Bach, on vivait encore dans le souvenir traumatisant de la Gerre de Trente ans qui avait embrasé l’Europe entière, opposant protestants et catholiques, toujours à cause de ce pouvoir tant recherché, de cette hégémonie que chacun souhaitait ardemment. Joseph 1er était empereur pour quelques petites années et on installait les autorités d’une ville. C’était assez audacieux d’affirmer alors en préambule que Dieu seul était souverain ! Cela avait cependant l’avantage de mettre ou de remettre chacun à sa place, à sa juste place. Alors que l’Allemagne jouissait d’une période d’accalmie, qui pouvaient bien être ces adversaires, ces ennemis dénoncés par le psaume ? et qui pourraient-ils être de nos jours ? Qui blasphème ? c’est-à-dire qui prétend occuper une autre place que la sienne ? Et qui plastronne aujourd’hui ?
Ce pourrait être à nouveau une idéologie masquée sous de séduisants atours. Ou peut-être une nouvelle nation conquérante, un peuple puissant ou un ensemble de peuples ? Un dictateur plus malin, habile et retors que les autres ? Ou peut-être ce voisin qui, parce qu’il a beaucoup pense ou estime être plus ?… C’est peut-être le nouveau timonier, le conducteur ou le chef religieux ? Ou l’élu pour qui la fonction est devenue profitable ? c’est peut-être moi, lorsque je pense plus à mes droits qu’à mes devoirs ? C’est peut-être simplement quiconque pense à faire taire, à museler, à emprisonner, éventuellement à éliminer ceux qui auraient un autre point de vue, une autre perspective, un autre projet menaçant le sien ?…
Affirmer avec audace « Dieu est mon roi depuis les temps plus reculés », c’est une invitation à exercer notre pouvoir, notre fonction, notre tâche quotidienne avec humilité. Et l’humilité ne consiste pas à claironner ou à faire semblant que nous ne valons rien ou pas grand chose ! C’est reconnaître à l’autre, à tout être humain quelle que soit son âge ou son rang, reconnaître qu’il a sa place, sa juste place dans la société, dans le parlement, dans la famille, dans l’entreprise ou à l’école. Ainsi, il pourra accueillir, tout comme moi, cette parole qui rend libre et donc responsable. Comme disait ce sage à cet homme qui lui confiait avoir lu et appris toute la Bible : « c’est bien d’avoir fait tout cela, d’avoir appris toute l’Ecriture…, mais dis-moi, qu’est-ce que la Bible t’a appris ? »…
La cantate va se terminer en souhaitant que paix, sérénité et prospérité soient toujours aux côtés de ceux qui vont gouverner Mühlhausen, et aux côtés de l’empereur et aux côtés de chacun dans le pays ! C’est magnifique, c’est noble, c’est généreux… Mais que montre la réalité quand il s’agit de cette justice nécessaire à la paix ? Rude remise à l’ordre n’est-ce pas ?
Faire et offrir sa juste place à chacun, entretenir de justes relations avec les autres, c’est en fait ce que Jésus disait en invitant ces disciples à s’aimer les uns les autres comme il les aimait… Or, on a écrit de nombreux volumes sur ce commandement et sur cette invitation à aimer son prochain comme soi-même ; des rayons et des rayons de bibliothèque contiennent ces commentaires sans fin, des ouvrages intelligents, riches certes mais surtout faits de mots ! Or, le sens de cette parole est très simple au fond… C’est : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Point barre, comme on dit volontiers.
Pour reprendre la phrase de Cioran mais après l’audition de la cantate, on devrait dire : Si quelqu’un devait être reconnaissant à Dieu pour cette parole et cette musique, c’est bien nous ! à la suite de Bach sans aucun doute !
Texte méditatif final
Recadrement :
La Terre n’est pas le centre de l’univers…
Elle n’en est que parcelle précieuse.
L’univers n’a pas de centre, son agencement nous échappe encore,
Mystère de cette extraordinaire organisation…
Dieu au-delà et en deçà, très haut et très bas à la fois,
Dieu est roi
Décentrement :
Je ne suis pas le centre de la vie,
Je reçois et j’accueille,
Je vis et je transmets…
Décentrement…
Je ne suis pas le maître,
L’empereur n’est pas le maître,
Ni le président, ni le dictateur, ni l’élu…
Dieu seul est roi… et Jésus n’a voulu être que serviteur…
Etre au service,
Offrir le meilleur,
Ne pas chercher à retenir ni à posséder,
Témoigner simplement,
Uniquement témoigner !
Dieu est notre roi,
C’est lui le centre,
De lui la vie surgit et s’écoule abondamment…
Mettre les mains en coupe,
Boire à la vie, à la source,
Et permettre à chacun d’approcher et de s’abreuver…
Ne pas filtrer, ne pas retenir la vie, la source…
Dieu notre roi !
Tirer de lui notre force,
Force de vie pour la paix, pour la justice, pour le bonheur
De ceux que j’aime
Autant que de ceux que je n’aime pas !
Tendre à la justice et à la vérité, être juste et vrai,
Sans trier, sans mettre de côté…
Dieu est mon roi !
