Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
La joie venait toujours après la peine…

Ces vers de Guillaume Apollinaire, ce pourrait être un bon titre pour notre cantate de ce dimanche.

Un titre un peu plus réjouissant que « Ihr werdet weinen und heulen » vous gémirez et vous pleurerez. Ca augure mal ! Ca surprend en plein temps de Pâques. En plein temps de Vie et de Renouveau… Pas vrai ? Ca surprend d’autant plus que cette cantate 103 correspond à un dimanche près au calendrier luthérien (elle est pour dimanche prochain)

Il faut cependant bien accepter que ces mots gémir et pleurer expriment, hélas, un certain réalisme. Une réalité quotidienne pour nombre d’humains prisonniers du malheur…  Combien de nos contemporains en ces jours sombres sont dans les gémissements et les pleurs. Combien de cris à Gaza… ou en Ukraine… et au Congo. Combien de cris actuels et passés pourraient laisser croire qu’on est condamnés au pire. Et aussi, combien de pleurs et de gémissements pourrait faire entendre la terre, notre planète, si violemment agressée et détériorée, si elle pouvait parler ?

Gémir et pleurer : une réalité. Oui. Une situation possible. Oui ! Une parole du Christ : vous serez dans le chagrin. Oui !

Mais pas une situation définitive :

Vous serez dans le chagrin, cependant votre affliction se changera en joie. Ce verset de Jn 16, 20 est la pierre angulaire de notre cantate

Dès lors le problème n’est plus de discuter s’il y a chagrin et affliction (c’est un fait indéniable), et aussi de désirer la joie, la vie, le bonheur, c’est une évidence pour chacun d’entre nous.

La question est dès lors de savoir comment cette affliction peut se changer en joie ? comment parvenir à paix du cœur, la joie sereine comme le disait fr. Roger ? Comment trouver quelque chose, un état d’âme qui ressemble à cette aspiration que nous avons tous et qui consonne avec le mot « bonheur » ?

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Le pont Mirabeau évoque avec nostalgie un amour passé mais présent dans le souvenir qui s’efface pour laisser place à l’inspiration poétique

Si Guillaume Apollinaire en proie au chagrin d’amour subsume sa tristesse par l’expression poétique : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine ». S’il compte sur la mémoire du passé (les chagrins d’amour dont il s’était remis), pour apaiser la souffrance du moment. S’il montre l’apaisement par l’écoulement de l’eau symbole du temps qui passe pour affirmer « la joie venait toujours après la peine » …

Jésus, lui, dans l’Evangile de notre cantate , va ouvrir une perspectives différente, non que celle d’Apollinaire soit méprisable (elle en a sauvé plus d’un), mais perspective dynamique, au moyen d’une image assez universelle, vécue directement par la moitié du genre humain et indirectement par l’autre moitié : la métaphore de  l’enfantement, l’expérience de l’accouchement. Dans la bouche de Jésus, ce qui préside à la naissance devient paradigmatique du passage des lamentations à la joie.

Ecoutons Jésus le dire lui-même : lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de son accablement elle est tout à la joie d’avoir mis un homme au monde.

Parvenir à voir les épreuves de la vie dans cette optique, dans une optique d’enfantement, voilà qui donne une formidable énergie de vie. Et de fait, fait parvenir à saisir l’enseignement que procure un échec, une casse… une difficulté, une souffrance, voilà qui transfigure une vie.

Et les paroles de Jésus prononcées voici si longtemps gardent toute leur actualité. Vous êtes maintenant dans l’affliction mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira et cette joie nulle ne vous la ravira.

La fameuse « joie imprenable », titre d’un bel ouvrage de Lytta Basset. Une joie profonde, intense, intérieure et fondatrice.

Voir et vivre les choses comme cela est en mesure de d’orienter l’existence et donne au mystère de Pâques une densité existentielle puissante et concrète : qu’est-ce que je peux apprendre de vital au travers de mes échecs, de mes souffrances ? En quoi cela peut ré-orienter ma vie ?

Cette notion d’accouchement, à savoir que en regardant devant -malgré la peine- la joie est devant nous, cette notion d’accouchement est un sérieux soutien dans nos vies personnelles et sociales.

On pourrait s’arrêter là…

Mais elle l’est aussi pour un autre sujet, un autre cadre. Un sujet d’une importance cardinale en notre temps, je veux nommer ici la problématique de notre planète. L’image de l’enfantement n’est plus ici citée par Jésus, mais par l’apôtre Paul au Romains chapitre 8, verset 22 : Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement.

Puissions-nous, nous chrétiens, voir les choses comme cela…  intégrer cette notion dans nos comportements et  ainsi contribuer à un avenir réjouissant !

Et faire que le joie vienne après la peine