Lecture biblique:
MATTHIEU 25, 1-13
« Alors il en sera du royaume des cieux comme de dix jeunes filles qui prirent leurs
lampes et qui sortirent à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insensées et cinq étaient avisées. En prenant leurs lampes, les filles insensées n’avaient pas
emporté d’huile; les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l’huile dans
des fioles. Comme l’époux tardait elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, un cri retentit : « voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! »Alors toutes
ces jeunes filles se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. Les insensées dirent aux avisées : « donnez nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. »
Les avisées répondirent : « Certes pas, il n’y en aurait pas assez pour nous et pour
vous ! Allez plutôt en acheter chez les marchands et achetez en pour vous. » Pendant
qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui
dans la salle des noces, et l’on ferma la porte. Finalement arrivent à leur tour les autres jeunes filles, qui disent : « Seigneur, seigneur, ouvre nous ! » Mais il répondit : « En vérité,
je vous le déclare, je ne vous connais pas. » Veillez donc, car vous ne savez ni le jour,
ni l’heure. »
NB. Dans l’antiquité juive, les lampes, assez grossières, nécessitaient une provision d’huile importante qui devait être renouvelée pour un éclairage prolongé. La cérémonie du mariage avait lieu généralement le soir, et le festin se déroulait dans la maison de l’époux. Les jeunes femmes sont dites « insensées » car elles se révèlent imprévoyantes ou dispersées.
Méditation
Les évangiles dits synoptiques, càd Marc, Matthieu et Luc ont probablement été écrits dans les années 70 et 80 de notre ère, donc bien après la mort des apôtres Paul et Pierre à Rome en 57 ou 58 de notre ère. Mais aussi après la destruction du Temple de Jérusalem en 70.
Ce texte vient après une longue description apocalyptique, de catastrophes diverses (famines, épidémies, inondations, tremblements de terre, guerres et rumeurs de guerre etc.) mises dans la bouche de Jésus afin de prévenir les personnes qui vivraient après lui des difficultés de leur époque. Texte dans lequel, on ne parle pas de peur ou d’angoisse, mais de bruits et cris effrayants (traduction du grec), de faux-prophètes et de personnes qui se feront passer pour des Messies.
Ces textes sont écrits par et pour une église qui n’est pas assurée de sa survie, à a fois par les persécutions, mais aussi à cause de la difficulté réelle de l’époque.
Suivent différentes paraboles proches de celles-ci comme la parabole des talents, de l’intendant avisé etc. Toujours avec l’idée d’une résistance possible, d’un chemin en dehors de la peur et de l’angoisse pour arriver dans la lumière et l’amour.
Or ces paraboles sont prévues pour consoler les premiers chrétiens, afin de leur dire qu’ils sont capables, en Christ, de dépasser leur peur et leur angoisse : peur de la souffrance, peur de la mort, peur de la perte d’êtres chers ou de leur autonomie, peur de catastrophes, réelles parfois, mais le plus souvent imaginaires.
Aujourd’hui aussi nous sommes dans une époque de changements et de catastrophes. Et nous aussi, nous vivons des peurs. Néanmoins, la psychologie et la sagesse de Jésus ou celle de Socrate, nous apprennent que nos angoisses ne sont que des visions auxquelles nous donnons consistance en adhérant à l’idée que ces visions sont réelles. Les médias vont dans ce sens de favoriser les choses angoissantes, négatives, destructives, les réseaux sociaux aussi. Les mouvements de type intégriste voire fasciste, qu’ils soient religieux comme les djihadistes, les catholiques ultra, les protestants évangéliques extrêmes, ou athées comme l’extrême gauche européenne et les complotistes de tout poil, voire comme les écologistes qui nous prédisent une terre inhabitable dans 2, 10 ou 20 ans.
Tous ces gens ont une vision négative de notre présent et de notre futur. Ils ne voient que ce qui va mal et polluent l’espace médiatique et informatique général avec leurs peurs, culpabilisations et moralisations de toute sorte.
Cela donne à chacune et chacun un sentiment d’impuissance et crée de l’aquoibonisme. Nous finissons par y croire vraiment. Or nos pensées donnent forme à la réalité. Ainsi que nos paroles et nos actes. Donc, c’est dangereux d’adhérer à ces fantasmes. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes sur terre, que le climat ne se détériore pas avec une grande responsabilité particulièrement de nos pays occidentaux, qu’il n’y a pas la guerre en Ukraine ni des massacres en Somalie, au Congo ou à Gaza.
Seulement qu’il ne faut pas que l’arbre cache la forêt.
Or peu de gens s’intéressent à ce qui va bien, à ce qui change dans le bon sens. Bertrand Piccard, l’autre jour à la radio, martelait que tout est en place pour une changement de société et de paradigme. Mais que les grosses multinationales, les partis politiques, la croyance des gens qu’ils ne sont rien, qu’ils sont impuissants et que rien ne peut changer empêchent les éléments qui émergent de venir à la conscience de chacune et chacun.
Or il y a moyen de résister à cette déferlante. Nous ne sommes pas obligés d’écouter toutes ces rumeurs, toutes ces nouvelles alarmistes, nous ne sommes pas obligés de nous intéresser à tous les faits et gestes de Poutine, Erdogan, Xi-Jinping ou Trump. Personne ne nous oblige à regarder ou lire tous les drames ou les injustices que la terre porte.
D’une part, pour tout cela, il existe un bouton « stop ». Et le premier bouton se trouve dans notre cœur et dans notre tête. Nous pouvons décider de ce qui nous est acceptable ou supportable, voire nécessaire d’entendre, de voir ou de lire.
D’autre part, des moyens d’informations autres ou plus diversifiés, ou qui amènent les avancées, les progrès, les découvertes qui nous donnent de l’espoir et du dynamisme pour vivre aujourd’hui et avancer vers demain.
Personnellement, j’écoute les nouvelles « officielles » avec parcimonie, mais je vais à la recherche de nouvelles qui font du bien. Il existe des personnes qui mettent des chose positives sur Youtube, des podcasts de la RTS fabuleux, des chaînes qui donnent des nouvelles qui donnent non seulement l’espérance mais aussi le dynamisme de croire à un futur meilleur que notre présent, il existe même une excellente chaîne religieuse qui ouvre des portes, Zètéo : du verbe grec : chercher pour trouver, rechercher, désirer. Ou Métamorphose, ou Bon Pote, ou Substack… il existe tant de manières de nous faire du bien et/ou de nous cultiver, de prendre plaisir à un moment de musique, de cinéma, de bavardage avec des amis, de discussions enflammées ou de silence serein face à un paysage.
Les porteuses et les porteurs d’espérance et de joie existent. Non pas comme de fumeux gourous ou des illuminés, mais par le biais de la science, notamment à travers tout ce qui se développe de l’astronomie à la biologie moléculaire et la médecine, à partir de la physique quantique, à la recherche sur la conscience, les contacts avec les défunts, la guérison des traumatismes, la manière d’agir de l’univers et du monde de l’invisible et du plus grand que nous.
Des personnes qui parlent, écrivent, publient, au sujet des espèces animales ou végétales qui apparaissent, de celles qui s’adaptent au changement climatique, des découvertes qui permettent de voyager sans produits pétroliers, des changements possibles dans nos modes de consommation, des changements possibles dans notre perception de nous-mêmes et des autres. J’ai entendu Bertrand Piccard expliquer dans une émission à la radio que la plupart des innovations, des idées, des objets ou des fonctionnements dont nous avons besoin existent déjà. Il faut bien sûr encore les développer, mais nous ne partons pas de zéro. Des personnes ont créé des moyens pour cultiver sans chimie par exemple, mais elles ne trouvent pas de financeurs pour se développer à grande échelle puisque les grands groupes chimiques s’opposent à cela.
N’est-ce pas pour cela que Jésus est venu ? Pour que nous changions dans notre cœur, dans notre tête et dans nos tripes. Et cela est un bien plus grand miracle, que nous changions notre cœur, que de guérir un paralytique ou un aveugle ! Car Jésus ne méprise pas notre corps. Car notre corps nous permet d’agir dans le réel.
Dans cette parabole, les jeunes femmes sont avisées ou insensées. Cela me rappelle une amie qui, quand elle constatait qu’une personne croyait à des sornettes ou se comportait de manière à se faire du mal, disait : « Mais voyons Christine, ça n’a point de bon sens. »
Alors que représente ce « bon sens » des jeunes femmes avisées ? Que représente l’huile des lampes ? Pourquoi les unes ne veulent-elles pas partager avec les autres ? N’est-ce pas un manque d’amour et de compassion ?
Traditionnellement, on présente l’huile comme la miséricorde, la capacité du cœur à aimer inconditionnellement tout être vivant. Or cette qualité n’est pas innée, c’est une compétence qui se développe avec la croissance en humanité et en spiritualité. Ce n’est pas naturel. Car naturellement, nous sommes portés à aimer ceux qui nous aiment et à être indifférent aux autres, sauf à ceux qui nous font du mal que l’on hait.
Donc, apprendre la miséricorde à l’image parfaite de la miséricorde divine, c’est le chemin de toute une vie.
C’est une décision individuelle, et non pas collective. Chaque personne est unique et c’est à chacune de décider : « Est-ce que je choisis la voie de l’habitude et de la facilité, ou la voie de la résistance et de la miséricorde, de l’agapè ?
Chacune et chacun a son propre chemin de vie, sa propre voie d’apprentissage, ses épreuves et ses joies, ses deuils et ses réussites. On ne peut pas marcher sur le chemin d’autrui, et autrui ne peut pas marcher sur notre chemin, vivre notre vie et expérimenter à notre place. A chaque génération les enfants doivent apprendre à lire et à écrire, on ne peut pas leur transmettre directement nos connaissances, ils doivent tout acquérir, chacune et chacun pour elle-même ou lui-même.
C’est pourquoi les jeunes femmes avisées, qui ont nourri leur capacité de miséricorde et de compassion ne peuvent pas la partager avec celles qui ne l’ont pas fait. Car chaque être vivant est muni d’une conscience, et cette conscience doit apprendre à prendre en compte les autres vivants humains et non humains. A les ménager, les soutenir et les chérir. Et nous pouvons faire grandir notre conscience.
Car nous sommes tous UN nous rappelle Jésus.
Nous sommes tous connectés comme le démontrent aujourd’hui la physique quantique, les plantes musiciennes, les expériences autour de la prière, de la télépathie, des communications avec les défunts, la découverte que dans l’univers tout est relié, les étoiles, les planètes, les univers par une sorte de trame en forme de vagues. Que la terre ne peut pas vivre sans la lune, que le soleil est relié à ses satellites etc.
Faire du mal à autrui, c’est me faire du mal à moi-même, faire du bien à autrui, c’est me faire du bien à moi-même.
L’idée est en somme d’utiliser notre pouvoir (de veiller, résister, prier, de soutenir, d’encourager, d’aider, de choisir sur quoi porte mon regard, mon écoute, mon attention, …) avec sagesse (de manière avisée) et compassion/miséricorde/agapè pour notre propre croissance spirituelle et pour celle de toute l’humanité ainsi que pour les vivants qui peuplent notre commune maison, la terre.
Amen.
