Kyrie, gloria. Voici deux moments centraux du déroulement traditionnel de la messe. Le mot « messe » frotte un peu aux oreilles protestantes car elle a été un des enjeux principaux des disputes du XVIe, mais la messe date de bien avant et on en a des traces précises au 2e siècle déjà. Ce soir, maintenant, nous en vivons les deux premiers temps : Kyrie gloria. Plusieurs d’entre vous diront peut-être : « mais où sont donc passé les deux autres incontournables : Sanctus et Agnus ? Bach n’a-t-il pas eu le temps ? ou les partitions se sont-elles perdues ? rien de tout cela. Il arrivait parfois que le suite de la messe était chantée sur des mélodies habituelles par l’assemblée !
Pour nous, Kyrie et Gloria vont suffire et largement à ce moment « parole » de cantate et Parole.
KYRIE d’abord. Seigneur aie pitié
Ca commence mal… et je dois vous dire qu’en temps que pasteur sensible à la réception qu’ont nos contemporains des paroles liturgiques, j’ai souvent été tenté de passer rapidement sur ce moment liturgique (intitulé dans la tradition réformée : « confession des péchés »). Passer rapidement, voir supprimer cette étape, tant elle me semblait générer plus de culpabilité que de libération… plus de remugles que d’élargissement… (eh oui, la fameuse culpabilité notamment protestante qui si souvent ressentie et qui vaut tant de défections au sein des églises…). Je pensais judicieux de faire l’impasse sur ce moment, jusqu’à ce qu’un théologien orthodoxe attire mon attention sur le fait que le premier mot n’est pas eleison (qui signifie effectivement prend pitié), mais Kyrie, qui signifie Seigneur. Il place ainsi la confession de foi, la proclamation de la seigneurerie du Christ en premier, comme la base, le fond, le roc sur lequel construire : Kyrie puis Christe et une fois encore Kyrie. Et notez que ce mot kyrie n’est pas anodin car c’était à l’époque le titre de l’empereur de Rome, dont les prétentions à être une divinité étaient patentes. Très vite les chrétiens ont confessé la Seigneurerie, la divinité du Christ, et pas celle de l’empereur et cela leur a coûté cher, mais c’était la base de la foi qui était en jeu !
Mais avançons : Le GLORIA
Ah, le gloria. Il éclate suite à la proclamation du pardon « Que le Dieu tout puissant vous pardonne vos péchés et vous conduise à la vie éternelle » dit la liturgie romaine ou dans le déroulement protestant, l’un ou l’autre verset biblique dont le fameux Jean 3/16 est sans doute le plus explicite
Si en musique le kyrie est souvent assez calme, tout intérieur, le gloria lui, est musicalement une explosion de joie qui célèbre le pardon :
Nous te louons,
nous te bénissons,
nous t’adorons,
nous te glorifions
Nous te rendons grâce pour ton immense gloire.
Gloire. La gloire. Voilà un mot qui a perdu tout sens à notre époque, ou pire encore il sert à manifester futilité des célébrités des magazines de notre temps. Or dans la tradition hébraïque, ce mot à du poids, c’est même son sens : ce qui est pesant, ce qui est donne de la Confiance
Le gloria de la messe, dont les paroles datent du IIe siècle, décrit le contenu orthodoxe (au sens de la juste ou droite doctrine). L’accent mis sur l’œuvre du Christ Agneau de Dieu qui porte le péché du monde, qui prend sur lui notre misère, qui à la droite du Père sera juste juge, tout cela au sein de la Trinité : dans le Père avec le St Esprit. Tout cela peut paraître bien étrange de nos jours ? peut être… Peut-être pas
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Regardons maintenant quelle actualisation, quel message pour aujourd’hui peut-on tirer de ces Kyrie et Gloria ?
Oser le Kyrie eleison, oser la confession des péchés, oser s’interroger sur sa vie, sur la distance qui nous sépare de l’idéal proposé par l’Evangile, s’interroger et sur ses propres imperfections ou inadéquations avec son idéal de vie, oser tout cela est en soi d’une immense force, un puissant secours. Pourquoi ? parce que c’est savoir se remettre en question. C’est prendre du recul, c’est s’interroger sur la justesse de ses comportements, oser avoir tort et aller s’en excuser, voilà qui met en route. On est à cent lieues de la culpabilité morbide, on est en route vers, vers la sainteté ? vers une forme de gloire ?
Gloire, gloria ! Nous y voici
La gloire. La gloire, quel mot suranné ! tout juste est-il utilisé pour ce qu’il n’est pas : la vaine gloire des vedettes des premières pages de magazine. Celle éphémère des « influenceurs » des réseaux asociaux…
La gloire au sens biblique on l’a vu n’a rien de la légèreté frivole. C’est l’inverse, c’est ce qui a du poids, ce qui dure, ce qui compte. Cette proclamation de gloire que nous faisons monter vers Dieu dans la célébration, cette gloire l’apôtre Paul nous dit qu’elle rejaillit sur nous : nous tous reflétons la gloire du seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire, toujours plus grande par le Seigneur, qui est l’esprit 2Co 3,17-18
Nous sommes transfigurés de gloire en gloire dit exactement le texte…
Plus prosaïquement : Proclamer, chanter, exulter le Gloria, c’est être dans la louange, dans l’émerveillement. C’est être dans un état d’esprit positif, c’est chercher à porter un regard de lumière sur le monde : il y a toujours quelque chose sur lequel on peut se réjouir, il y a toujours quelque chose pour laquelle dire merci) et ca change la vie !
C’est pas formidable ça ?
Bon.
Je pourrais m’arrêter là, y a déjà pas mal, mais le Kyrie me pousse à partager quelque chose de très actuel avec vous
Pour cela il faut faire un petit flashback : Durant la seconde guerre mondiale un petit caporal autrichien a voulu devenir un César universel, mais plusieurs milliers chrétiens confessants ont résisté et affirmé : « nous n’avons qu’un seul Kyrios, c’est le Christ » c’était la fameuse confession de foi de Barmen (église confessante) qui le proclamait…
Or, chers amis, cette prétention à être le Kyrios, il y a en a plus d’un de nos jours
Et ils sont tenaces… Le moment n’est il pas indiqué pour nous souvenir que nous n’avons qu’un seul Seigneur ! c’est le Christ ! le kyrios
Car lui seul es saint,
Lui seul es Seigneur,
Lui seul est le très haut,
Jésus Christ.
Avec le Saint Esprit dans la gloire de Dieu le Père, amen.
