Le mois de décembre, c’est ombre et lumière. Ténèbres et lumières.
Et plus on s’approche de Noël, plus les lumières s’efforcent de combattre les ténèbres.
Ça me fait penser à cette réflexion de Louis Evely, un théologien catholique français. Il disait : « La foi est un mélange de lumière et d’obscurité. Croire, c’est être fidèle dans les ténèbres à ce qu’on a vu dans la lumière. »
Bienvenue à vous ce soir, où la cantate et la parole se rejoignent pour nous faire voir la lumière.
La 3e cantate de l’oratorio de Noël va évoquer les bergers de Bethléem.
Bienvenue à vous pour ce moment de musique, de parole et de lumière.
Texte méditatif
Une jeune fille, agacée par les « C’était mieux avant » de ses grands-parents, et tout autant par les « OK boomers » de ses copains, est allée rendre visite au sage de la montagne. Elle lui demanda : « Toi qui es plein de sagesse, quel temps préfères-tu ? Le temps d’hier, le temps d’aujourd’hui ou celui de demain ? »
Le sage lui répondit :
« J’aime avec reconnaissance hier, parce qu’il est venu.
J’aime passionnément aujourd’hui, parce qu’il vient.
J’aime impatiemment demain, parce qu’il viendra.
Ma préférence va dans l’attente de ce qui vient, c’est ce qui me permet de vivre chaque temps. »
L’Avent, ce chemin vers Noël où nous sommes engagés, condense tous les temps.
On fait mémoire d’une naissance passée, autrefois, en Judée.
On vit un présent gorgé de ce cadeau qu’est la présence bienveillante de Dieu.
On espère un avenir où le fracas des violences cessera d’être une fatalité.
L’Avent revient chaque année condenser tous ces temps.
L’Avent, c’était mieux avant, maintenant et demain.
selon Julien N. Petit
Lecture biblique : Luc 2,6-20
Pendant que Marie et Joseph étaient à Bethléem, le jour de la naissance arriva.
Elle mit au monde un fils, son premier-né. Elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle destinée aux voyageurs.
Dans cette même région, il y avait des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leur troupeau.
Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les entoura de lumière. Ils eurent alors très peur.
Mais l’ange leur dit : « N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui réjouira beaucoup tout le peuple :
cette nuit, dans la ville de David, est né, pour vous, un sauveur ; c’est le Christ, le Seigneur !
Et voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire. »
Tout à coup, il y eut avec l’ange une troupe très nombreuse d’anges du ciel, qui louaient Dieu en disant : « Gloire à Dieu dans les cieux très hauts,
et paix sur la terre pour ceux qu’il aime ! »
Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons donc jusqu’à Bethléem : il faut que nous voyions ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. »
Ils se dépêchèrent d’y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Quand ils le virent, ils racontèrent ce que l’ange leur avait dit au sujet de ce petit enfant.
Toutes les personnes qui entendirent les bergers furent étonnées de ce qu’ils leur disaient.
Quant à Marie, elle gardait tout cela dans sa mémoire et elle y réfléchissait profondément.
Puis les bergers prirent le chemin du retour. Ils chantaient la gloire de Dieu et le louaient pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, car tout s’était passé comme l’ange le leur avait annoncé.
La vraie histoire des bergers
Vous connaissez l’histoire des bergers à Noël ?
Je l’ai lue tout à l’heure, dans l’évangile de Luc. C’est la version officielle.
Les bergers passent la nuit dans les champs avec leur troupeau, et soudain un ange du Seigneur leur annonce la naissance de Jésus le sauveur. Toute une troupe d’anges se joint à lui pour chanter gloire à Dieu. Alors les bergers se rendent à Bethléem et trouvent, comme l’ange l’avait dit, le nouveau-né emmailloté dans une mangeoire.
Ça, c’est la version officielle. Mais vous connaissez la vraie histoire ?
Non ? Allez, je vais vous la raconter.
Les tableaux de la Nativité montrent trois bergers dans l’étable de Bethléem. En fait, ils étaient six. Trois d’entre eux ne sont pas venus.
Le premier, Shmuel, leur a dit : « Ah non, qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ? Un ange qui annonce la naissance d’un Messie ? Ah, mais moi je connais. On m’a déjà fait le coup, les gars, il y a deux ans. Un type s’est annoncé comme le Messie, qui allait rendre sa grandeur à Israël et chasser les Romains. Ce serait un triomphe, qu’il disait, un puissant coup de balais. Son slogan c’était MIGA (Make Israël Great Again). En fait, ça a été un fiasco total. Face aux soldats romains, la débandade complète. Beaucoup ont été tués, moi j’ai échappé. Alors, un nouveau Messie, non merci. Ne comptez pas sur moi ! » Ses copains ont tenté de lui dire que les anges parlaient de « paix sur la terre » et non pas de guerre, mais peine perdue, Shmuel s’était rendormi.
Le deuxième, Yaël, n’avait rien vu ni entendu. Il avait le sommeil lourd. Quand ses copains l’ont secoué, et lui ont raconté, il s’est écrié : « Quoi ? Des anges qui chantent au ciel ? Qu’est-ce que c’est que ce bobard ? Vous n’allez pas me faire avaler ça, tout de même ? Autant me parler de chauves-souris trompettistes ! Non, les amis, laissez-moi tranquille avec ces histoires à dormir debout. » Et lui aussi s’est rendormi sous son buisson.
Le troisième, Nahum, est parti pour Bethléem avec les trois autres. Mais arrivé devant l’étable, et quand on lui a dit : « Entre, c’est là qu’il se trouve ! », il a dit : « Non, non, c’est pas possible ! Un Messie, un Messie pour Israël, dans une étable ? Non, mais attendez : le Messie, il vient revêtu de toute la gloire de Dieu. Un hôtel, passe encore, un palais encore mieux, mais une étable, non ! J’y crois pas ! Allez-y si vous voulez, mais ce sera sans moi. » Et Nahum a fait demi-tour pour retourner auprès de ses moutons.
Les trois autres sont entrés. Dans le clair-obscur de l’étable, ils ont vu l’homme, la femme et l’enfant. C’est toujours émouvant de voir un père, une mère et un bébé nouveau-né. C’est mignon. Et eux, les bergers aux mains calleuses, ces hommes habitués aux animaux, aux chiens, au froid de la nuit et à la fournaise de midi, ils se sont sentis tout émus, tout choses, devant ce fragile petit être.
Oui, mais… c’est une chose de s’émouvoir devant un bébé. C’en est une autre de se dire que ce bébé-là est l’envoyé du Dieu tout-puissant. Ils se sont demandé si Nahum n’avait pas raison, finalement : le Dieu d’Israël, le Dieu tout-puissant, et ce petit enfant, ça ne colle pas ! Le Dieu auquel ils croient, le Dieu qu’il prient parfois, n’a rien d’un bébé fragile. Et c’est justement parce qu’il est fort, Dieu, c’est justement parce qu’il peut tout faire, Dieu, qu’ils le prient. Si Dieu était petit, fragile, impuissant, ça servirait à quoi de compter sur lui pour nous protéger ? Non, il y a dans cette histoire quelque chose qui ne colle pas !
Ils sont ressortis de l’étable en secouant la tête, perplexes. Pas convaincus du tout. La version officielle disait vrai : ils ont tout trouvé comme l’ange leur avait dit, l’enfant emmailloté et couché dans une mangeoire. Oui. Mais que ce bébé était le Messie de Dieu, par qui la paix viendrait sur la terre, non, ils ne comprenaient pas.
Du temps a passé. Des années ont passé. Plus tard, bien plus tard, les trois étaient toujours bergers, mais ils avaient vieilli. Au fait, je ne vous ai pas dit leurs noms : Michaël, Jonas et Zacharie. Ils reparlaient parfois entre eux de cette fameuse nuit de Bethléem, comme d’un souvenir merveilleux mais… énigmatique. En passant un jour près de Magdala avec leurs moutons, ils ont vu toute une foule agitée. Ils se sont approchés. Un homme parlait, d’une voix douce. Il disait : « Les anciens vous ont dit : “Œil pour oeil, dent pour dent”. Moi je vous dis : Ne résiste pas au méchant. Ne prends pas ta revanche, car sinon, la violence n’aura jamais de fin. S’il te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche. »
« Non mais, dit Jonas à ses deux copains. Vous avez entendu ce qu’il dit, ce rabbi ? Ne pas se venger ? Moi, si quelqu’un me cherche des crosses, je lui pète la figure et on discute après. Je ne perds pas de temps ! »
Le prédicateur continuait : « Heureux les doux. Pas les mous, mais les doux. Car ils savent faire face à la violence sans aussitôt rendre coup pour coup. Heureux ceux qui savent que la violence est toujours destructrice, jamais constructive. La violence n’a pas d’avenir. Heureux ceux qui optent pour la paix. »
« Tu as entendu, Jonas ? C’est Zacharie qui parlait. Tu as entendu ce qu’il dit, le type ? La violence est toujours destructrice. Tu ne crois pas qu’il a raison, dans le fond ? Tu ne crois pas que si on continue à rendre un coup pour un coup, on aura beau parler de paix, elle ne viendra jamais ? » Jonas marmonna dans sa barbe, et finit par se taire.
Le soir, autour du feu après avoir partagé le repas, ils ont repensé à ce qu’ils avaient entendu. Cette fois, c’est Michaël qui prit la parole. « Ce qu’il a dit, ce rabbi, me rappelle une chose. Vous vous souvenez de ce que disaient les anges, cette fameuse nuit de Bethléem : “Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime” ? Moi, j’ai toujours cru que la paix ne s’imposait que par la force. Un Dieu fort réclame de la force. Et si ce rabbi disait vrai ? Si Dieu se révélait dans la fragilité… comme la fragilité d’un bébé, tenez, ce que nous avons vu à Bethléem ? Je me demande si nous ne devrions pas réviser notre image de Dieu. A force de l’imaginer tout là-haut, on n’a pas réalisé que le Très-Haut pouvait préférer la force de la douceur. Vous ne croyez pas ? »
Le silence se fit entre les trois hommes. Croire que l’enfant de Bethléem change notre image de Dieu ? Mais, jusqu’où cela nous entraînera-t-il ?
La nuit était silencieuse, à part quelques bêlements éloignés. Les braises rougeoyantes diffusaient une faible lumière. Les uns après les autres, les bergers s’assoupirent. Le froid les réveilla à l’aube.
Texte méditatif
Mon Dieu qui est promesse au ventre d’une femme,
Je veillerai sur toi.
Mon Dieu qui est lumière, flamme soumise au vent,
Je veillerai sur toi.
Mon Dieu qui est bourgeon, feuille en devenir,
Je veillerai sur toi.
Mon Dieu qui est enfant, graine d’espérance,
Je veillerai sur toi.
Et toi, veille sur moi,
Car je suis aussi vulnérable.
selon Bernard Bolay.
