La religion est l’opium du peuple ! Oui, vous avez bien entendu, La religion est l’opium du peuple ! C’est en ces termes que Karl Marx stigmatisait la religion dans son texte de Critique de la philosophie du droit de Hegel, en 1843
La religion est l’opium du peuple !
… Et je ne sais pas si vous avez déjà pu lire les paroles de notre cantate du jour (les solistes l’ont fait !) Mais quand on lit à la lettre ces paroles, on peut presque lui faire crédit, à Marx… je cite :
Le chemin étroit est plein de souffrances,
J’ai un voyage difficile devant moi,
Jusqu’à toi au paradis du ciel,
Là est ma vraie patrie
Ici est l’angoisse, là-bas la béatitude…
Ici est l’angoisse, là-bas la béatitude…
Caricaturalement dit : la vie terrestre est un torrent de larmes, un amas de souffrances, tout ira mieux quand tu seras de l’autre côté, en attendant : Patience !
Ces paroles ont hélas été longtemps prêchées et vécues comme ça ! et pendant longtemps… avec tout le poids, la justification des souffrances… et surtout les injustices et que cela a justifiées… La vraie vie étant pour l’au-delà… A quoi bon changer le présent ?
Ici est l’angoisse, là-bas la béatitude…
La religion pour faire passer la pilule
La religion opium du peuple ?
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Est-ce si simple ?
Non, bien sûr,
D’abord parce que les idées trop simples sont toujours à moitié fausses…
Et ici, comme souvent, il faut se méfier des citations extraites de leur contexte :
Que disait réellement K. Marx ?
Je cite : « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur (…) Elle est l’opium du peuple »…
Je commente : « la détresse religieuse est l’expression de la détresse réelle ». Il ne faut pas se payer de mots… C’est vrai, la vie est une épreuve. « La vie est dure » comme on dit. Pouvoir reconnaître cela, pouvoir l’exprimer, y mettre des mots (des mots m.o.t.s. sur des maux m.a.u.x, ce n’est pas rien ! la détresse est bien réelle, et l’exprimer est déjà un pas vers l’issue. Et la religion nous en donne la possibilité !
Les grands textes religieux, Job ou les psaumes nous en fournissent des mots… Et les cantates de Bach en sont remplies, de mots qui expriment la souffrance… et beaucoup de nos cantiques aussi !
… et ces temps, nous en avons des maux à crier : la guerre, la violence, le monde en flammes et nos vies propres et celles de nos proches…
« la détresse religieuse est l’expression de la détresse réelle », et … et la protestation contre cette détresse.
On n’en reste pas au constat… il y a une protestation, un cri, une supplique qui vient pourfendre, contester le mal, mettre le coin dans le cercle vicieux de l’horreur…
Je cite encore _ « La religion est le soupir de la créature opprimée » le soupir, c’est beau ça ! « L’âme d’un monde sans cœur »… C’est du Marx, ça ! le diagnostic est recevable, vous en conviendrez ? les solutions divergerons des nôtres ! regardons cela :
La religion, et la religion intériorisée qu’est la foi, la religion métabolisée, intimément vécue qu’est la foi -à va substituer au récit de la plainte un récit d’espérance, va substituer à la protestation une prise en main des choses, va substituer au soupir une inspiration vivante, un récit de victoire sur le mal.
Ici, à St-Laurent pour nous, en ce soir, dans notre cantate, c’est le récit de la fuite en Egypte (ce n’est pas par hasard qu’elle a été choisie en ce temps qui suit Noël). Ce récit, imagé, très oriental et coloré, met en scène Joseph qui doit protéger l’enfant de la jalousie et des griffes d’Hérode le Grand… la famille fuit Bethléhem pour échapper au malheur total (comment ne pas y voir une terrible actualité avec ce qui se passe à Gaza!)
Ici, l’auteur des paroles de la cantate va affirmer que Joseph, qui est habitué des songes dans les récits de la nativité (c’est en songe qu’il va être convaincu de prendsre Marie comme épouse, c’est en songe qu’il recevoir l’ordre de partir en Egypte, c’est en songe qu’il va recevoir ces paroles du prophète Esaïe donnant la parole à Dieu lui-même :
« Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon alliance de paix ne chancellera point, Dit l’Eternel, qui a compassion de toi » Esaïe 54, 10
De quoi donner du courage à Joseph, de quoi donner du courage à JS Bach et ses contemporains et de quoi nous donner du courage à chacun de nous !
Je cite de nouveau la cantate :
Je suis joyeux dans mon chagrin
Car Dieu est ma confiance.
J’ai la lettre sûre et le sceau (la garantie)
Et c’est mon solide verrou
Que même l’enfer ne peut briser.
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Une question vous vient peut-être à l’esprit… On ne peut pas ne pas se la poser : « Est-ce que c’est vrai tout cela ? » Est-ce que subrepticement la religion, la foi, ne seraient pas une drogue précisément ? un opium ? une fuite des réalités ou en tous cas un placébo ?
Beaucoup le pensent
Ce soir (puisqu’on est entre nous) je vais vous dire un secret… vrai ou pas, ça n’a pas d’importance… pourquoi ? Parce que dès le moment où on le reçoit dans la confiance, du moment qu’on se l’approprie, du moment qu’on le croit… cela devient vrai dans notre propre vie… Cela change notre existence, notre regard sur les choses…
Cela devient vrai !
Le mot crée la chose, la confiance revient et nous rend solides, affermis…
Cette Parole, celle qui a créé le monde « Dieu dit et cela fut » crée notre réalité. Cette parole qu’est le Christ : « au commencement était la parole et la parole était avec Dieu et la parole était Dieu, cette parole prend chair en nous et nous fait vivre !
La perspective du salut vient féconder le présent… elle ouvre à l’espérance… et « l’espérance ne trompe pas parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. dit l’apôtre Paul. Rm 5, 5
Courage, du courage, vous les cœurs,
Ici est l’angoisse, là-bas la béatitude !
Et la joie de cette heure
Dépasse(maintenant) toutes les souffrances.
Amen
