Chers amis de Cantate et Parole, bonsoir,

Voici 308 ans, un 17 octobre, 1717, était jouée pour la première fois une cantate en l’honneur de la reine Christiane Eberhardine, reine de Pologne et princesse électrice de Saxe, morte plus d’un mois auparavant, à l’âge de 56 ans…
La proximité de notre 12 octobre 2025 avec le 17 octobre 1717, est sans doute la raison qui a poussé les organisateurs à choisir cette ode funèbre pour ouvrir notre saison de Cantate et Parole ? A moins que ce soit la bientôt proche Toussaint ? ou les deux ? Le fait est que le sujet de cette cantate est la mort…
Pas très gai pour ouvrir la saison ? Peut-être… mais en fait c’est assez rare de méditer sur la mort sans être assez directement concernés… or notre cantate va nous donner de pouvoir le faire. Ce n’est finalement pas si mal…
Ou ce serait pas si mal si les paroles de la dite cantate nous fournissaient (comme c’est habituellement le cas), des texte bibliques, des méditations religieuses. Or rien de tout cela. Des louanges dithyrambiques, puissantes à une reine défunte… voilà tout ! Pas un verset ! pas un psaume. Le texte de cette ode funèbre est parfaitement laïc.
Il parait que cela à trait au librettiste qui était particulièrement peu porté sur la religion…
BON.
Pardonnez cette introduction un peu longue… mais il m’était nécessaire de partager avec vous ces deux questions inaugurales avant de nous plonger dans la musique

 

Méditation

Pas de verset biblique, pas de prières, censure du librettiste disais-je en introduction… quoi, alors, pour cette cantate, qu’en dire, qu’en recevoir, quelle parole de vie y trouver ?

Si on la médite longtemps et paisiblement on y voit, on y repère une traversée, un parcours, un mouvement qui nous fait cheminer d’un état à un autre par toute une série d’étapes que je vous invite à découvrir avec moi.

Toute la première partie nous a permis d’entendre ce qui concerne le deuil à faire de la reine Christiane. Le chœur d’entrée, qui donne son titre à l’œuvre :
Daigne Princesse, daigne qu’encore un rayon (qu’un peu de toi) descendre du ciel sur la terre, pour que tu voies combien on t’aimait !
On a ici mention d’une croyance encore assez vive que nos défunts nous voient depuis les étoiles et de fait qu’on peut les voir en regardant les étoiles… les enfants et pas mal d’adultes sont sensible à cet imaginaire… Pourquoi pas ? On a besoin de peupler l’inconnu avec du connu…

Mais il y a d’emblée une question, peut-être vous la posez vous vous même ?
Daigne Princesse, daigne encore qu’un rayon ? Princesse, pourquoi princesse ? C’est une reine qu’on admire, reine de Pologne, mais alors pourquoi Princesse ici ?

Parce que même si elle a porté le titre de reine, elle ne l’a pas été en droit… et pourquoi cela ? parce que luthérienne, donc protestante, elle avait refusé de se convertir au catholicisme, perdant du même coup le droit au fameux titre. Pour elle, contrairement à son mari et à Henri IV, pour qui Paris avait bien valu une messe, elle avait résisté. Et c’est cette résistance l’avait rendue fort populaire dans ses terres toujours en crainte d’être à nouveau sous la férule de Rome…

Que retenir de cela ?

Une fidélité, une constance, un ancrage solide, des convictions, toutes qualités en danger dans notre époque où tout chancelle et où l’utilitarisme, l’argent facile, l’appât du gain ou le nihilisme règnent en maître ?
Voilà une question qui peut nous rejoindre (et chacun de nous, pas seulement les grands de ce monde

Mais poursuivons. Nous avons entendu ensuite un long récitatif énumérant le nombre de personnes endeuillées : les habitants du pays (la Saxe, la région de Meissen), la famille (le mari et le fils)
Les nobles et les bourgeois. Tous. Temps de deuil, temps si important pour se souvenir, pour faire mémoire, pour célébrer ensemble. Temps où la mort semble effacer toutes distinctions et valeurs humaines au profit de cette immense égalité qu’est la mort.

Puis notre cantate a évoqué le silence. Le silence, le nécessaire silence. Qu’a-t-on comme juste attitude devant la mort - sinon le silence. L’impossibilité de trouver les mots, le silence par lequel et au travers duquel la souffrance et l’indicible peuvent se dire ?
Silence dont on a tant besoin de nos jours et qu’on a si peu…

Puis est venu alors un curieux passage consacré aux cloches. L’avez-vous remarqué ?
Le glas sans doute travers tout le pays et longuement, le son du glas qui vient nous toucher jusque dans les profondeurs de notre corps, le glas dont les vibrations (toujours de la cloche la plus grave et les coups exagérément espacés), dont les vibrations viennent comme porter la peine des endeuillés.
Et pénétrer par la moelle et les artères.
Ca vaut la peine de le mentionner à notre époque ou les spiritualités de l’Orient bols tibétain à l’appuis… viennent nous rappeler notre corporéité et même parfois nous soigner…

Enfin la première partie s’est achevée par une longue évocation de la manière dont l’héroïne et morte
Elle est morte joyeusement dit le texte, elle a été plus forte que la nature, elle a montré l’art de mourir (ars moriendi)
Développant par là de manière obvie sa confiance en la bonté divine, la justification par la foi, cette certitude que ce ne sont pas nos œuvres et ce qu’on a fait de bien ou de mal, qui ouvre le ciel, mais bien le regard d’amour du Père des Cieux, la grâce…

C’est là où nous en sommes maintenant.
Vient la deuxième partie et là, vous allez, voir le ton change. On va regarder vers l’avant, les valeurs bougent. Tout ce qui faisait la gloire humaine est relayé au second plan.
La maison de saphir de l’éternité
Attire, desormais ô princesse, ton regard serein

Les clartés de la terre sont sombres nuits face aux cent soleils du paradis,

Car maintenant ton front est transfiguré.
Maintenant tu revêts, devant le trône de l’agneau,
Au lieu de la pourpre vaine, (évidemment le vêtement royal)
La robe de l’innocence de perles pures

Et tu méprises ta couronne abandonnée.

Désormais, princesse, tu ne meurs pas,

Ici pas besoin de mille commentaires, la substance même de l’espérance chrétienne est nommée : « un jour dans tes parvis vaut mieux que mille ailleurs » Ps 84, 10.
« Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur, leurs œuvres les suivent » Ap 14, 13
« Je sais que mon rédempteur est vivant » Job 19

Toutes les gloires terrestres sont bien pâles en rapport avec la gloire à venir :
« Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur ». Rm8, 38

Ou comme nous avons chanté tout à l’heure : « De quoi t’alarmes tu mon cœur reviens à l’espérance ! »