Que les cœurs se réjouissent,
Que les maux et les peines s’enfuient,
Le Sauveur vit et règne en vous !
Vous pouvez chasser l’affliction, la crainte, l’anxiété et le découragement,
Le Sauveur réconforte les âmes qui lui appartiennent.

Ce sont les paroles du premier chœur ! Formidable ! Ce soir, ici et maintenant, nous voici servis ! JOIE, BONHEUR et RECONFORT sont manifestes. C’est la joie de Pâques, la joie de la victoire de la vie sur la mort, la résurrection !
Petite confession personnelle : pour le prédicateur que je suis, je dois dire que ça contraste, ça change d’avec les tellement nombreuses fois où les paroles des cantates sont lourdes, pesantes, où c’est la lourdeur et les difficultés du croyant qui sont mises en scène…
Rien de tout cela ce soir ! le contraire même ! (enfin presque… on va le voir !)
Regardons un peu les détails.
Après les paroles triomphales du chœur d’entrée, nous avons un récitatif et un air de basse qui décrivent abondamment des aspects centraux de la foi chrétienne :

Je cite : En s’ouvrant, le tombeau laisse s’échapper notre détresse,
Notre bouche proclame les œuvres de Dieu,
Le Sauveur vit : ainsi dans le dénuement et dans la mort
Les croyants peuvent compter sur son secours.

Grandes vérités de la foi qui font jaillir la reconnaissance :

Faites retentir un chant de grâce au Très-Haut
Pour sa miséricorde et sa fidélité éternelle.
Jésus paraît pour nous dispenser la paix,
Jésus nous exhorte à vivre avec lui
Et nous renouvelle chaque jour sa miséricorde.

Le fait que ces paroles soient attribuées à la basse n’est évidemment pas anodin : la basse, c’est la base ! c’est ce qui est profond, c’est ce qui au fondement, c’est ce qui est solide, (en hébreu le mot vérité se dit EMOUNA, qui a donné le fameux mot AMEN. Amen que nous prononçons à la fin de nos prières en affirmant : c’est solide, j’y crois, j’y fonde ma vie…

Mais poursuivons : Comme si la basse, (la base !), ne suffisait pas, comme s’il fallait aller plus dans les détails, dans le concret, plus dans l’expérience, dans l’explicite, le ténor intervient. Le ténor, le « teneur », celui qui tient, et nous livre de superbes paroles
On ne peut bien sûr pas tout dire (vous avez les paroles et vous pourrez les reprendre chez vous), mais écoutez ça :

La joie de vivre auprès de Jésus
Est un lumineux rayon de soleil en notre cœur.
Riche de consolation, agir en prenant modèle sur le Sauveur
Et édifier en soi-même un royaume céleste,

Rien que ça ! Quel programme ! Programme nourrit par les paroles du Christ lui-même qui dans la cantate s’adresse à nous pour nous tenir (ténor) nous porter avec ces mots paradoxaux :

Ce sont mon tombeau et ma mort qui vous apportent la vie,
C’est ma résurrection qui est votre réconfort

RESURRECTION : Vie plus forte que la mort, mort du Christ qui apporte la vie. C’est le centre, le noyau de la foi chrétienne. C’est beau, c’est authentiquement beau… tellement beau qu’on pourrait s’arrêter là et jubiler…
… mais ce serait passer comme chat sur braise sur la difficulté, la difficulté de croire, la difficulté d’intégrer cela à nos vies. Eluder la difficulté comme ne le fait justement pas notre cantate, cantate qui assume le doute, les réticences d’une manière absolument formidable, étonnante, surprenante au moyen du fameux dialogue alto ténor
… Et là, quoi de mieux que la tonalité de l’alto, cette voix décalée qui fait naître l’émotion, qui rejoint en nous non pas directement la dissonance, mais la vibration, l’intériorité que rend si bien ce dialogue du doute, du questionnement, de l’interrogation

A la fois indistinctement et distinctement exprimé, dans un duo alto-ténor, extrêmement dense et puissant, on entend le ténor affirmer :

Mon regard voit le Sauveur ressuscité.
Et l’alto en surimpression
Mon regard ne voit pas le Sauveur ressuscité.

On entend le ténor affirmer :

La mort ne le tient plus, dans ses liens.

Et l’alto de répondre, d’entre mêler

La mort le tient encore dans ses liens.

Et tout cela, non seulement on l’entend par nos oreilles et notre intellection, mais on le ressent par notre cœur et nos émotions…
La encore on pourrait citer le texte car ce dialogue entre ténor et alto se poursuit, et conduit peu à peu du doute à la foi…

Depuis quand le tombeau relâche-t-il les morts ?

chante l’alto, et le ténor de répondre

Si c’est Dieu qui gît dans un caveau,
Ni la tombe ni la Mort ne sauraient le retenir.

Et sur cette parole on entend l’alto démarrer ce début de foi

Ah mon Dieu ! toi qui vaincs la Mort,
Toi devant qui les pierres du tombeau s’écartent…

De manière à peine forcée on est dans le dialogue de Marie de Magdala avec
Jésus ressuscité le matin de Pâques dans le jardin du tombeau…
Et arrive ici cette réplique, cette parole, cette prière si importante :

Ich glaube, aber hilf mir Schwachen,
Je crois en toi, mais aide-moi, faible que je suis, (Marc 9, 24)

Je crois en toi, mais vient au secours de mon incrédulité. Cette prière est celle qui ouvre la suite,
qui dégage le chemin, qui fait naître une belle confession de foi chez l’alto :

… Le Dieu qui accomplit des miracles
A tellement fortifié mon esprit de sa puissante consolation
Que Jésus ressuscité apparaît maintenant à mon regard.

Et cela s’achève dans magnifique un duo ténor – alto… puis se termine à nouveau par le chœur entier …

Chers amis, quelle joie, quelle reconnaissance, quelle exultation de pouvoir tenir ensemble la foi
et le doute. De voir ensemble la beauté de ce qui constitue la foi chrétienne et les réticences et les doutes
qui nous habitent, tout cela subsumés, dépassés récapitulé…

Dans ces temps troublés et incertains, on a besoin de vie, on a besoin de force, on a besoin de Résurrection
En ces temps de de rationalisme et de matérialisme on a besoin de vie, de sens, d’amour…
Tout cela, à sa manière notre 5e évangéliste nous abreuve et nous nourrit.
Merci à lui ! et merci aussi au chœur et aux solistes qui nous le font vivre