Accueil

Elles sont là, les lumières de Noël. Rien qu’à venir jusqu’ici, on est comme illuminé. Des lumières qui brillent dans le noir, et ce soir, nous nous installons dans un îlot de lumière et de chaleur. Avec un orgue et un choeur pour faire vibrer l’instant. L’instant d’avant Noël.
Alors, salut à vous les étudiants de l’HEMU et leur directeur Nicolas Reymond. Salut à l’alto, au ténor et à la basse. Salut l’orchestre, les trompettes, les flûtes, le basson, les violons, l’alto, le violoncelle, la contrebasse et les timbales. Salut à l’organiste perchée là-haut sur nos têtes. Merci à vous tous de venir nous enchanter.

Et salut à vous qui êtes venus pour ce moment de musique, de parole et de lumière.

Que la musique soit.

Texte méditatif

Des quatre opérations, dit Dieu, celle que j’aime le mieux, c’est la multiplication.

L’addition, c’est très bien, mais ça ne va pas assez vite pour moi…

C’est bon pour les comptables. Moi, je ne sais pas compter !

La soustraction ? Ce n’est pas mon genre…

Quand il faut ôter, enlever, retrancher, soustraire, j’ai mal partout !

C’est plutôt l’affaire du percepteur…

Quant à la division, je passe mon temps à en réparer les dommages.

Voilà des siècles et des siècles que j’essaie d’apprendre aux hommes à ne plus faire de divisions !

Ce sont de fameux diviseurs, des diviseurs infatigables, des diviseurs incorrigibles…

Il se servent même de mon nom pour diviser, voyez-vous…

Mais la multiplication, ça, c’est ma spécialité !

Je ne suis moi-même que dans la multiplication,

je ne me sens bien que dans la multiplication,

je suis imbattable dans ce genre d’opération !

Je suis LE multiplicateur.

Et je multiplie tout : la vie, la joie et le pardon,

Et si l’homme, qui fait toujours le malin,

Multiplie le mal par dix,

Moi je multiplie le pardon par mille !

D’après Didier Crouzet.

Lecture biblique : Galates 4,3-5

 

Méditation

Sobriété, sobriété

 Sobriété. En quelques mois, ce mot est devenu le terme à la mode.

Sobriété dans la consommation de viandes. Sobriété dans l’usage de l’électricité. Sobriété dans la consommation des énergies fossiles. Sobriété dans l’usage de la voiture. Sobriété pour les voyages en avion. Sobriété dans le réglage du chauffage de nos logements.

En peu de temps, ce mot d’ordre est devenu un mantra universel. Et c’est bien.

On remarquera tout de même avec un sourire que ce qui apparaît comme la dernière nouveauté était déjà pratiqué par les premiers chrétiens, et recommandé par toutes les sagesses de l’Antiquité. En outre, la sobriété a marqué l’éthique de la Réforme dès le 16e siècle, mais il est devenu courant de se moquer de l’austérité protestante. A tel point que certains en viennent à s’excuser de leur éducation protestante. Décriée comme vertu religieuse, la sobriété est encensée comme vertu laïque… mais bref !

Nous sommes, et même par voie d’affiche, exhortés à la pratiquer. Economisez. C’est bien.

Osera-t-on appliquer cette règle à Noël ?

Je ne parle ni des éclairages publics ni du déluge des cadeaux.

Non. Je parle de l’événement fêté à Noël, auquel Bach a consacré l’oratorio que nous entendons ce soir. Pourrions-nous en parler avec sobriété ?

Parce que, lorsque l’apôtre Paul parle de Noël, il écrit :

Quand le moment est venu, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la Loi…

Sobriété. Pas d’étable ni de crèche. Pas de bergers accourus des champs. Pas de mages débarquant d’Orient sur leurs chameaux. Pas d’anges voletant dans le ciel. Pas d’étoile vagabonde. Et je passe sur les fantaisies du père Noël. Non, simplement ce message : « Il a envoyé son Fils ». Voilà Noël.

Rien de ce qui est devenu, il faut le reconnaître, le folklore de Noël n’apparaît ici. Juste l’essentiel : « Il a envoyé son Fils ». Jésus de Nazareth, Ieshouah de son nom hébreu, est né simplement dans le monde des citoyens lambdas. Une naissance de plus, en Palestine, à ce moment-là.

Pourquoi en faire toute une histoire, alors ?

Eh bien, parce que Paul a la conviction que cette naissance, qui aurait pu être banale, est en fait un événement-clef dans l’histoire humaine.

On sait. Ce que c’est, un événement-clef. Le 11 septembre 2001, deux avions s’écrasaient sur les tours jumelles de Manhattan. Et depuis lors, le terrorisme est devenu une menace mondiale. Un événement qui a fait basculer l’histoire.

Le 24 février 2022, les armées russes envahissent l’Ukraine. Et le monde, engagé sur une trajectoire de progrès et de croissance depuis 1945, se voit soudain stoppé et menacé de pénurie. Un autre événement-clef.

Pour saint Paul, Noël est un événement qui a fait basculer l’histoire de l’humanité :

Quand le moment est venu, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la Loi…

Vous connaissez la légende des lèvres fendues ?

Les rabbins la racontent.

Ils disent que l’enfant, avant sa naissance, encore fœtus, possède en lui toute la connaissance de Dieu et de sa Loi, la Torah. Mais quand il sort du corps de sa mère, un ange fend ses lèvres pour qu’elles puissent s’ouvrir. Alors l’enfant crie. Mais dans son cri s’échappe sa connaissance de Dieu et de sa Torah. Alors, durant toute sa vie, l’humain doit travailler pour retrouver la connaissance perdue de Dieu.

Noël est un événement-clef, un point de bascule. Pourquoi ?

Parce que, dès notre naissance, notre imaginaire ne cesse de produire des images de Dieu. Un Dieu lointain, perdu dans les nuages, vieillard à barbe blanche, jetant un regard sévère sur l’humanité ou décidant arbitrairement du destin des uns et des autres. Notre imaginaire fabrique à jet continu des images grandioses mais souvent terrifiantes d’un être divin étranger à notre monde, sinistre potentat des destinées humaines.

Noël est un point de bascule, qui vient casser ces images délétères.

Dieu se donne à voir dans la vie d’un enfant, issu d’une petite famille juive, menacé dès sa naissance par les détenteurs autoproclamés du pouvoir. Dieu se révèle, non comme le Très-Haut mais comme le Très-Bas, ainsi que le disait si bien le théologien Christian Bobin, disparu il y a quelques jours.

Le Très-Bas. Un Dieu à hauteur d’humain.

Comment se fait-il que depuis plus de deux mille ans, cette révolution n’ait pas encore passé ? Comment se fait-il que nous sommes toujours enclins à ignorer le sens profond de cet événement-clef, comme s’il ne s’était rien produit de neuf entre Dieu et l’humanité ?

Espérons que cette année, entre la recherche des cadeaux et les pitreries du Père Noël, nous saurons apercevoir Dieu là où il se glisse : au creux des vies malmenées, dans l’espoir des apaisements, dans l’héroïsme du pardon, dans le courage des réconciliations. Là où l’humain ressort grandi et non meurtri, accueilli, reconnu.

Amen.

 

inspiré par un texte de Jean Zumstein

 

Texte méditatif

Vivre en ce monde,

le coeur gros de la souffrance des autres.

Vivre en ce monde,

en cueillant l’étincelle nichée dans le détail.

Vivre en ce monde,

les yeux fixés sur la lumière que le noir ne peut éteindre.

Vivre en ce monde,

sans être prisonnier des rôles que le passé nous a légués.

Vivre en ce monde,

soufflant sur la braise de la tolérance et de la bienveillance.

Vivre dans ce monde,

pour le rendre vulnérable au Dieu d’amour.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *