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Dimanche 10 mai 2009 Texte méditatif d’entrée Il y a le temps que l’on calcule,
que l’on égraine en minute, en heure, en année, Mais lui nous veut adultes et nous
appelle à l’être : En ne me voyant plus, vous verrez
au-delà… Texte biblique Voici, dit Jésus à ses amis-disciples : je vais maintenant vers Celui qui m’a envoyé. Aucun de vous ne me demande où je vais tant le chagrin remplit votre cœur et obscurcit votre tête… Mais, je vous le répète et c’est vraiment vrai : il est bon pour vous que je m’en aille, c’est votre intérêt et votre avantage que je m’en aille ! Car si je ne m’en allais pas, ce qui doit vous encourager ne vous habiterait pas. Au contraire, si je m’en vais, je vous l’enverrai… Dans un peu de temps, vous ne me verrez donc plus ; mais un peu de temps encore et vous me verrez autrement. Certains de ses disciples se dirent alors entre eux : qu’a-t-il voulu nous faire comprendre par ces mots : dans un peu de temps, vous ne m’aurez plus sous les yeux, mais encore un peu de temps et vous me verrez (autrement). Qu’a-t-il voulu nous faire comprendre en disant : je vais vers le Père ? et puis ce « un peu de temps » ? Jésus, connaissant leur perplexité, leur dit : vous cherchez entre vous le sens de mes paroles : encore un peu de temps et vous ne m’aurez plus sous les yeux et encore un peu de temps et vous me verrez autrement. En vérité, c’est vrai, je vous le dis : vous allez d’abord gémir et vous lamenter, alors que le monde, lui, se réjouira… Vous serez affligés, mais cette désolation tournera en joie ! Lorsque l’heure d’accoucher vient, la femme est dans la souffrance, mais lorsqu’elle a donné le jour à un enfant, elle ne se souvient bientôt plus de son épreuve, toute à la joie d’avoir mis un être humain au monde ! Ainsi pour vous : vous serez dans la joie lorsque je vous reverrai et que nous nous reverrons autrement…. Bref temps de parole Il y a le langage de la preuve, du rationnel, de l’explicable et de l’explication, du prouvable et du démontrable - qui contraint et qui souvent ferme… Et il y a le langage de la foi, qui n’est pas de l’ordre scientifique, le langage de la confiance, du sensible et du sens, un langage qui ouvre et permet de choisir… On peut privilégier l’un ou l’autre selon les situations ; il est même nécessaire d’utiliser l’un et l’autre selon ce que nous vivons… La difficulté vient, bien souvent, de ce que nous voulons ou en tout cas aimerions traduire le langage de la foi en langage de la preuve : nous aimerions décoder le langage de la foi et du sens avec les outils de la preuve, du vérifiable scientifique… et cela ne marche pas ! Ainsi en va-t-il de la résurrection du Christ, comme de son Ascension : nous ne pouvons les approcher, les recevoir, les saisir peut-être, que par la foi, la confiance. Vouloir les faire passer par la grille rationnelle ne donnera jamais rien, car ce serait alors les réduire, les appauvrir, les déformer et même les mutiler. Il n’est jamais bon de mélanger les genres, d’utiliser le marteau et l’enclume avec le projet de forger l’eau ou l’air… Les meilleures lunettes n’ont jamais aidé une personne aveugle à mieux lire en braille… La fine et persévérante observation d’un Darwin le conduisant à ébaucher une théorie de l’évolution des espèces n’a pas ébranlé sa spiritualité, sa confiance, mais bien les croyances de son temps. Les croyances si diverses et perturbantes n’ont pas grand chose à voir avec la foi ; ce sont les croyances mêmes qui voilent la foi. Les disciples qui ont vécu avec leur Maître, qui ont vu vivre Jésus, vont devoir changer d’approche et d’outil, adapter leur grille de lecture. Jésus les avait avertis qu’ils ne le verraient plus – et j’ai tenté d’interpréter en précisant qu’ils devraient apprendre à le voir autrement. D’abord attristés par sa mort, ils seront réjouis, leur dit Jésus, de le retrouver... en tous leurs frères et sœurs ; car Dieu habite tous les humains même s’ils croient autrement que nous et quoi qu’ils croient. Le récit de l’Ascension repris dans la cantate de ce soir veut nous faire comprendre cela : Jésus ne s’est pas évaporé : il a été élevé, nous dit le récit, pour quoi ? pour que sa vie nous habite. En retournant à Dieu, il nous rejoint partout et pour toujours. Eh oui ! il nous faut utiliser les bonnes clés pour les bonnes serrures ; il faut se placer sur le bon terrain. Quand on nous montre quelque chose, une montagne, la lune ou le soleil, il ne faut pas fixer notre regard sur le doigt ! Une fois de plus, Bach nous surprend par la finesse de son intuition théologique, par la force de sa lecture de Dieu : ça le conduit à utiliser une musique qui nous rappelle, dans le chœur d’entrée par exemple, le jauchzet frohlocket de l’oratorio de Noël et, au final, des élans joyeux de résurrection qui contrastent étonnamment avec l’air de l’alto par exemple, douloureux et plaintif, tendre et émouvant. Le désarroi du départ et de l’absence est contrebalancé par le bonheur du face à face. Il décrit si bien ce que nous pouvons connaître dans notre vie quotidienne. Il nous ouvre à la réalité de Dieu, dans tous ses règnes. C’est véritablement à une dimension cosmique que nous ouvre la musique de ce soir… Car, à ce niveau, tout se passe en effet dans la relation que je peux vivre avec Dieu, et cela donne sens à ma vie. Trouver le sens de ce que je fais, de ce que je vis, de ce que je veux… Trois tailleurs de pierre travaillent sur un chantier. Un promeneur s’arrête pour les regarder oeuvrer et leur demande ce qu’ils font. Le premier répond : « je gagne ma vie » ; le deuxième dit « et bien, vous le voyez, je taille des pierres » et le troisième déclare : « je construis une cathédrale ! » L’Ascension, c’est retrouver le sens de notre vocation… Cela nous apprend ou nous rappelle que nous sommes tous, à notre manière, des bâtisseurs de cathédrale… Texte méditatif final Oui, le temps est venu de changer
de regard : Découvrir notre place d’ouvrier
qualifié, Oui, le temps est venu de changer
de regard, Oui ! dans un premier temps, l’absence
désempare… |