|
|
|
|
|
Dimanche 10 janvier 2010 Texte méditatif d’entrée L’Emmanuel,
le Dieu avec nous, révélé, Ne
sommes-nous pas poussés à nous joindre à eux Noël est
un rappel non seulement d’autrefois, la
mémoire ravivée, le courage rafraîchi, la vie,
la mort, la nuit, le jour, s’entremêlent que la mort nécessaire ne nous prive pas de Dieu Lecture biblique Psaume 42 Comme une biche se penche sur l’eau des ruisseaux et crie, ainsi mon être se penche vers toi, ma source, mon Dieu, et crie… Tout mon être a soif de Dieu, du Dieu vivant : quand pourrai-je accéder et être vu face à Dieu ? Mes larmes sont jour et nuit mon pain quand on me dit constamment : il est où ton Dieu ? Je me laisse aller à évoquer le temps joyeux où je déambulais jusqu’à la maison de Dieu parmi les cris de joie de la multitude en fête… Pourquoi te ratatiner, ô mon être, et gémir sur toi ? continue d’espérer ! … Oui, c’est certain : je le louerai encore, ce vis à vis qui sauve ! C’est vrai, mon Dieu, tout mon être s’est replié sur lui-même, s’est rabougri ; voilà pourquoi je veux me souvenir de toi… En effet, toutes vagues ont passé sur moi quand l’abîme appelait l’abîme… Mais le jour, tu exerçais ta fidélité et la nuit je te chantais, Dieu qui est ma vie ! Je veux donc dire à Dieu, mon rocher : pourquoi m’oublies-tu ? pourquoi dois-je marcher tristement, sous la pression de l’ennemi ? Mes membres, mes os, sont meurtris, mes adversaires m’insultent en me disant constamment : il est où ton Dieu ? Pourquoi te ratatiner, ô mon être et gémir sur toi ? Continue d’espérer !... Oui, c’est certain, je le louerai encore, Lui, ce vis à vis qui sauve ! Temps de parole Le 6 janvier 1725, fête de l’Epiphanie, les croyants de St-Thomas de Leipzig purent entendre pour la 1ère fois cette nouvelle cantate « Bien-aimé Emmanuel, prince de ceux qui vivent dans la confiance ». Comme nous ce soir, à 4 jours près et 285 ans plus tard ! Et qu’est-ce qu’elle dit cette cantate de l’Epiphanie : viens bientôt !... Au moment où, selon la tradition de l’évangile de Matthieu, Dieu se manifeste aux mages d’Orient, et, selon Luc, après que les bergers eurent entendu les anges et vu l’enfant nouveau-né, Bach bâtit sa cantate sur cet appel, cette prière : Viens bientôt !... Ce sont aussi, vous le savez, les derniers mots du dernier livre de la Bible, le livre de la Révélation – c’est le sens étymologique du mot « apocalypse » : Viens bientôt !... Pour Bach, il ne suffit pas qu’il soit venu comme on vient de le rappeler à Noël, il faut encore et encore qu’il vienne ! Comme si l’on n’en avait jamais fini d’attendre ! Il est venu et il vient ! « Il est venu demain ! » répondait un rabbin à ceux qui le questionnaient sur l’avènement du Messie… Comme s’il n’en finissait pas de venir… Et cela m’a rappelé cette nouvelle du grand Charles Morgan décrivant la longue attente d’un voyageur aux portes de la ville et qui, le soir tombant, voit venir enfin le gardien… mais c’est pour fermer la porte pour la nuit. Devant l’étonnement déçu du voyageur, le garde lui dit : mais… la porte était ouverte… il suffisait de la pousser ! Et je me suis dit qu’il y avait vraiment attente et attente : l’attente du désabusé qui, au fond, n’attend pas vraiment ; l’attente du déçu qui ne sait pas s’il peut faire confiance ; l’attente de l’affamé qui est tenaillé par le manque de tout et qui pourrait déboucher sur de la violence ; à l’opposé, l’attente de celui qui a tout et au-delà… et là le ressort est bien détendu. Et puis l’attente profonde, celle qui nous habite aussi parfois, de ce qui pourrait apaiser notre anxiété, notre angoisse face à une existence peut-être trop facile ; une attente qui ne doit alors pas nécessairement être comblée ; l’attente de la foi lorsqu’elle n’est pas vécue comme un placebo mais qui est affaire d’attitude lucide face à soi-même, face à la vie, face à Dieu… qui attend lui aussi que nous poussions la porte… Oui, toute vie, toute existence se déroule désormais sous l’horizon de cet entre-deux qui va de Noël à Pâques, du Dieu naissant à notre humanité en l’enfant de la crèche, au Dieu mourant de notre humanité dans l’homme de la croix où tout s’accomplit, où tout est assumé. C’est alors comme si Dieu s’était retiré du monde, s’était absenté du monde pour nous remplir de Lui… Dieu livré entre nos mains pour que nous en devenions porteurs enfin. Non pas un tour de passe-passe, mais un passe partout, afin que notre existence en soit transfigurée. Il s’est remis entre nos mains – quelle responsabilité pour chacun de nous – afin que nous nous vivions comme entre ses mains, comme ses propres mains. Il n’y a désormais plus de fuite satisfaisante dans le passé, ni de fuite rassurante dans un futur qui chanterait. Nous sommes inscrits dans l’entre-deux, dans le présent, cet aujourd’hui à vivre. Le passé, certes, demeure important parce qu’il doit nous porter à espérer – c’est l’enjeu du psaume 42 et de la cantate de ce soir ; il doit, il peut nous porter à entreprendre, à vivre l’aujourd’hui comme le lieu et le temps de la décision. Et cet aujourd’hui, même s’il est souvent difficile, alourdi, meurtri, fatiguant, ne doit pas pour autant nous fermer non plus l’horizon mais bien plutôt nous porter, lui aussi, tirant sa sève des racines et la faisant passer par son écorce pour permettre à l’arbre que nous sommes de verdir, de fleurir et de porter du fruit. Ainsi que va le chanter jusqu’au bout la cantate : ne pas se laisser séduire par les futilités du monde mais orienter notre vie à partir de la crèche et de la croix. Sans raccourci ! Temps méditatif final Tu es à moi, je suis à toi, avons-nous entendu… se
préparer dès aujourd’hui repérer
les futilités, les nommer Que nos
années soient longues, nous sommes
tous compositeurs compositeurs
et interprètes, Il est en
nous et nous en lui : |