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Dimanche 8 novembre 2009

Texte méditatif d’entrée

briques et goudron
pour
toucher au ciel

granit et ciment
pour abriter l’idole

béton et ferraille
pour protéger les biens

carbone et kérosène
pour atteindre la lune

acier et verre
pour prôner l’économie

atome et chimie
pour dominer le monde

champ magnétique
pour conquérir l’univers

si autant de force, de génie, d’énergie
se mettaient au service de l’humain

… jusques à quand, Dieu de l’univers ?…
es-tu notre refuge, toi, le tout autre ?…

si l’arbre, à l’automne, retenait ses feuilles
le printemps pourrait-il avoir lieu ?

si l’écrevisse n’acceptait de quitter sa carapace trop petite
vivrait-elle encore l’an prochain ?

si le nuage voulait garder son eau captive
la terre verrait-elle le blé se lever et le fruit abonder ?

si nos vies demeurent encombrées
permettront-elles un autre avènement ?

les sécurités, les murailles, les barrages élevés
ne nous ferment-ils pas à l’éternité de Dieu ?

ta parole se fait lézarde dans nos murs
fracture dans nos armures

« tu es le rempart pour nos vies… ouverture ! 
tu es la forteresse intérieure… aventure !

Texte biblique : Esaïe 55 et psaume 46

Ohé ! les assoiffés ! Venez aux sources…
Ohé ! les désargentés ! venez…
Demandez de quoi vous nourrir… venez : mangez et buvez !
Ma nourriture ne coûte rien et elle vous comblera…
Pourquoi dépenser des sommes pour ce qui ne nourrit pas ?
Pourquoi vous tuer au travail pour ce qui ne rassasie pas ?
Ecoutez donc !
Ecoutez-moi et vous vous nourrirez, vous vous délecterez des meilleures choses !
Tendez l’oreille ! venez à moi !
Avez-vous des oreilles ?
Prêtez-moi l’oreille et vous vivrez !
Je conclurai pour vous une alliance inaliénable…
De sorte que des gens inconnus, étrangers, qui ne vous connaissent pas viendront vers
vous du fait que je serai votre nourriture, votre Dieu…
Cherchez-moi, venez à moi, puisque je me laisse trouver aisément…

Tu es notre abri sûr au jour où s’étend le malheur…
Que la terre tremble, que la mer se jette sur nous, que les montagnes se fracassent….
Près de toi nous restons en paix !
Tu nous as choisis pour ta demeure
Tu habites parmi les tiens !
Qui pourra nous jeter à terre ? qui pourra nous ôter ton aide ?
Tu vas faire régner la paix d’un bout du monde jusqu’à l’autre !
Que l’humain brise et mette au feu tout ce qu’il garde pour la guerre ! qu’il sache quel Dieu tu veux être pour nous !

ohé, les assoiffés ! ohé les désargentés !
avez-vous de l’oreille ?

Temps de parole

Dites ! Vous avez de l’oreille ?

Et, dites ! vous, là-haut, les chanteurs et les musiciens, vous avez de l’oreille ? Avec la profession ou la passion que vous pratiquez avec tant de bonheur… c’est préférable, n’est-ce pas, d’avoir de l’oreille ! J’ai demandé à une ou deux personnes du monde de la musique, de me dire ce qu’il fallait comprendre par cette expression « avoir de l’oreille » et les réponses ont convergé vers ceci : c’est entendre juste et savoir placer ses doigts juste, si l’on est violoniste… mais, m’a-t-on précisé, avoir de l’oreille ce n’est pas un mouvement passif, celui de l’auditeur par exemple, qui réagirait à une fausse note ; c’est un mouvement actif de celle ou celui qui pratique la musique et qui, discernant ce qui sonne faux ou pas tout à fait juste, corrige immédiatement…

Avons-nous cette oreille-là lorsque nous entendons une parole comme celle d’Esaïe ce soir qui appelle à tendre, à prêter l’oreille, qui invite à l’écoute afin de jouer juste et d’éveiller nos vies pour les mettre en harmonie, en résonance, avec cette parole qui vient d’ailleurs et qui retentit au plus profond de notre être ? Afin que ce que nous entendons nous permette d’ajuster nos vies et de les faire sonner juste !

Ecoutez-moi et votre vie sera nourrie ! écoutez et vous vivrez, écoutez et votre vie se mettra au diapason ! Cette musique-là, subtile parfois, a de la peine à se faire entendre parce que nos vies sont encombrées, sont trop pleines.

Or, cette musique-là vient faire de la place et offre ce cadeau extraordinaire de pouvoir se trouver soi-même !

Lors d’un Café théologique, le rabbin François Garaï a eu cette phrase forte : « Pour nous, Juifs, Dieu seul est vraiment ce qu’il doit être ; nous autres, humains, tendons au maximum vers ce que nous devons être. »

Entendre cette musique, y être attentif, c’est soudain être recentré et pouvoir s’abandonner à cette voix qui nous appelle inlassablement. Et alors, il se passe des choses surprenantes :

  • lorsqu’Augustin se met à l’écoute de cette voix, sa vie se réoriente et se met en harmonie avec son aspiration profonde : ayant accordé sa vie, il devient celui qu’on appellera Saint-Augustin.
  • lorsque François d’Assise est saisi par cette musique, abandonnant tout, il s’abandonne à ce Dieu dont il a entendu la voix et devient le frère des pauvres.
  • lorsque le moine Martin Luther, à l’écoute, saisit le sens, il se sent saisi et reçoit la force que donne l’abandon, trouvant, comme nous l’avons chanté tout à l’heure et l’entendons chanter ce soir, trouvant son rempart, sa forteresse, son refuge en Dieu : il va pouvoir prendre les distances nécessaires avec une institution mortelle.

Nous recentrer sur l’essentiel, nous désencombrer, lâcher prise comme on aime à dire aujourd’hui, s’abandonner, ce n’est ni fuir, ni se perdre : c’est recevoir une force inattendue : celle qui va faire de nous des résistants aux sirènes de la facilité et à cet esprit de compétition qui empoisonne la vie et qui élimine les viennent ensuite. Voilà le rempart que veut être notre Dieu. Cette force, c’est d’avoir été trouvé, rejoint, accueilli. Et la musique de nos vies devient harmonie.

Et curieusement – mais ce n’est pas étonnant – nous n’avons pas le monopole de cette transformation : le bouddhiste qui vit l’Eveil, le musulman qui s’abandonne à son Dieu, le juif qui entend et vit la parole d’Esaïe, l’hindouiste qui laisse son Dieu l’habiter, le chrétien qui, à la suite de Paul, peut dire « ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi », tous connaissent ce même apaisement, cette harmonie profonde. Ce n’est pas une affaire de spécialiste, ce n’est pas une affaire d’intelligence… c’est une affaire de confiance.

Chers amis, nous avons tous des oreilles… Il nous reste encore à avoir de l’oreille !

Texte méditatif final

quand l’oreille s’incline vers le dedans
attentive à une parole du dedans venant d’ailleurs,
elle devient capable de s’ouvrir à l’écoute du dehors…

entrer en nous-même
dans le lieu intime de Dieu,
celui où se reconnaissent
nos blessures et de nos échecs,
celui où se vivent nos déboires et nos espoirs ;
nous découvrons alors une parole d’ouverture
qui nous arrache à nos certitudes
nous décale et nous décentre

reconnaître notre faiblesse extérieure comme un cadeau
susceptible de nous révéler le noyau divin,
refuge et forteresse,
fait non de défenses, de barrages et d’illusion
mais d’ossature, de colonne vertébrale,
de brûlure d’amour et d’ouverture :
viens, Avent créateur !
viens et vis en nous !