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Dimanche 10 octobre 2010

Texte méditatif d’entrée

Inéluctable, le temps s’écoule
En heure, en jour et en année…
Il nous rappelle notre durée
Et nous regrettons qu’il s’échappe

Inéluctable le temps s’écoule
Année, siècle et millénaire,
C’est le temps du temps découpé…

L’humain fait un constat amer :
Rien ne change et le temps s’écoule
La promesse a été faite :
Demain saura vous enchanter !
Mais demain est venu les mains vides,
Les paroles n’avaient pas de corps ;
L’humain, crédule, doit déchanter…

Temps de révolutions nécessaires
Mais si souvent baignées de sang :
Temps des retournements peut-être :
Mais les écrasés, à leur tour,
Deviennent menaces pour les déchus…

C’est que le temps n’est que durée
Et l’humain s’y est enfermé.
Gotteszeit !, le temps de Dieu c’est autre chose :
La lumière remplace la durée :
Plus de temps, plus d’espace :
Une lumière dans la ténèbre…

Le temps de Dieu est un climat
Une chaleur, une harmonie,
Une source qui ne tarit pas,
L’occasion toujours donnée
De retrouver son unité…

Gotteszeit nous libère du temps !
Temps béni qui n’est plus du temps
Temps de Dieu : le meilleur des temps !

Texte biblique : Psaume 90 

Dieu, pour nous tu es un abri, une maison, et pour toutes les générations tu l’as été !

Les montagnes n’avaient pas encore été enfantées, ni la terre, ni le cosmos, toi tu étais et tu es Dieu. L’homme fragile, limité dans le temps, retourne à la poussière comme tu le dis : Retournez, fils d’humain !

Oui, vraiment, mille ans, pour toi, c’est comme le jour d’hier qui a passé, ou comme une garde durant la nuit. Les humains sont comme balayés… Ils sont un sommeil et au matin comme une herbe fauchée. Cette herbe qui bourgeonne et pousse, elle est fauchée et le soir, la voici sèche !

Oui, nous sommes consumés, brûlés par ta fièvre…

Oui, notre humanité est devant toi ; notre comportement obscur est mis en pleine lumière.

Tous nos jours sont sur ton passage et nos années s’échappent comme un soupir : septante ans, quatre-vingts ans, nonante ans pour les plus vigoureux, voilà notre durée… voilà notre vie ! et sa grandeur n’est que peine et travail. Vite fauchés, nous nous envolons…

Qui connaît la force de ton emportement ? Ton passage est semblable à un frémissement… Alors, face à tout cela, apprends-nous à bien compter nos jours et nous entrerons dans le cœur de la sagesse.

Reviens Dieu ! Réconforte tes serviteurs !

Au matin, nourris-nous de ton amour, alors nous jubilerons… Nous saurons nous réjouir de nos jours ! Oui, réjouis-nous autant que nous avons été éprouvés.

Ton action sera visible et ta splendeur rayonnera.

Oui, que la douceur de notre Dieu soit sur nous ! Consolide ce que nous entreprenons de nos mains : consolide-le !

Temps de parole :

D’abord, une émotion ! le mot-clé de cette cantate composée par Jean-Sébastien à moins de 22 ans, c’est le mot EMOTION ! quelle sobriété dans l’effectif : deux flûtes à bec, 3 violoncelles, 1 contrebasse, un continuo et quelques voix… Tout ce qu’il faut pour nous mettre en face de nous-mêmes, à l’intérieur, face à l’essentiel…

Nous bagarrons toujours face au temps, au temps qui passe, qui s’écoule et qui, inexorablement, nous rapproche de notre fin, de notre terme. Cette méditation sur la mort – parce que c’en est bien une – que Bach a composée à l’occasion de la disparition d’un personnage dont ignore tout, cet Actus tragicus, reprend ce thème du temps, de la durée humaine limitée. Et donc, face à cet incontournable qui provoque souvent lassitude, parfois dépression ou grande nostalgie, face à cette parole biblique si réaliste, et qui choque ou en tout cas réveille : «Homme, tu dois mourir !», il peut y avoir révolte, déni ou fuite… Il peut aussi y avoir prise de conscience salutaire, travail intérieur, acceptation, recherche de sens.

Or, ce qu’il y a d’impressionnant dans cet Actus tragicus, c’est que Bach pose, dès la 1ère phrase, une affirmation sur le temps qui n’a rien à voir avec la quantité des années d’une vie humaine : le temps de Dieu est le meilleur de tous ! Puis viennent des citations et des commentaires sur la vie humaine, sa précarité, sa durée si modeste, la confiance possible malgré les embûches, tout cela s’inscrivant dans ce Gotteszeit qui n’a plus rien d’une durée. Ainsi en va-t-il aussi de ce qu’on appelle l’éternité, qui est bien autre chose que du temps d’horloge !

En somme, c’est une méditation de mystique ! Comme l’a si bien senti ce grand connaisseur de Bach qu’a été Albert Schweitzer ; senti et vécu, parce que dans la musique il s’agit tellement plus de sentir et de ressentir, de vivre des émotions que de comprendre et raisonner.

Ecoutez cette page de Schweitzer, il écrit si juste :

«Au fond, Bach est un penseur mystique. Le mysticisme, voilà la source vive d’où jaillissait sa piété. Il y a certains chorals et certaines cantates où l’on sent, plus encore qu’ailleurs, que le maître y a mis toute son âme. Ce sont précisément les chorals et les cantates mystiques. Comme tous les mystiques, Bach était, on pourrait dire, obsédé par le pessimisme religieux. Cet homme robuste et sain, qui vivait entouré d’une grande famille, cet homme qui était l’énergie et l’activité même, qui, bien plus, avait un goût prononcé pour le franc burlesque, ressentait, au fond de son âme, le désir intense, la «Sehnsucht», du repos éternel. Il connaissait la nostalgie de la mort, si jamais être humain la connût ! Jamais aussi, cette nostalgie de la mort n’a été traduite en musique d’une façon plus saisissante.

Nombreuses sont les cantates qu’il a écrites sur la lassitude de la vie. Sitôt que l’Evangile effleurait l’idée chérie, Bach s’en emparait et lui consacrait toute une description. Elles débutent par cette lassitude face à la vie ; puis, de plus en plus, cette attente de la mort se rassérène et s’illumine ; en la mort, Bach fête la libératrice suprême et décrit, en d’admirables berceuses spirituelles, la quiétude qui envahit son âme, à cette pensée ; ou bien encore, sa félicité se traduit par des thèmes joyeux et exubérants, d’une gaîté surnaturelle. L’on sent que son âme entière chante dans cette musique et que le croyant l’a écrite dans une sorte d’exaltation…» voilà ce qu’écrivait Schweitzer.

Le temps de Dieu est le meilleur de tous !

Inscrire notre vie dans ce temps-là – qui n’est plus durée mais union – nous fait entrer aujourd’hui dans la douceur de cette cantate, dans la tendresse, la beauté et l’harmonie du divin, dont la musique inspirée est une des portes d’accès. L’y inscrire, c’est être arraché à la désespérance de notre finitude, c’est devenir léger, et danser et voler, et jubiler.

Cadeau du Dieu qui a assumé notre nature finie, cadeau de Bach au nom du Dieu dans lequel il vivait.

Dans ce temps de l’automne revenu où la nuit gagne encore en durée, c’est une lumière qui s’allume et qui éclaire d’autant plus qu’il fait sombre dehors,… et parfois dedans… C’est déjà l’annonce de l’Avent…

A la suite de Bach, nous pouvons dès lors lâcher prise, nous décrisper et entrer dans la présence…

                                                                                                       Amen

Texte final

Pourquoi en nous cette peine à accueillir la mort ?

Pourquoi en nous cette réticence à descendre vers l’ombre ?

Pourquoi en nous cette hésitation à marcher dans ce qui est blessé ?

C’est pourtant dans ce très-bas que nous sommes rejoints,

de ce très-bas que nous sommes relevés pour une vie renovelée

par ce Dieu qui n’est que bonté :

accueil malgré l’orgueil

passage face à l’impasse

largesse dans nos détresses

printemps en toute saison

futur dans nos gelures

pardon sur notre front

réveil de nos sommeils

soleil sans pareil

lumière, lumière !